Editions du Linteau

dd EDITIONS DU LINTEAU

Fondées en 1993, couronnées par l’Académie d’architecture en 1997, les éditions du Linteau publient des textes de constructeurs, architectes, maîtres d’ouvrage, ingénieurs, entrepreneurs et de quiconque travaille dans ces entreprises. Elles retracent ainsi tout autant l’histoire d’un métier que de ses rapports avec la cité.

Quelques unes de leurs publications :

9782910342890FS-1a064L’édition de « Architecte » en novembre 2014 décrit les grandeurs et décadences de la profession depuis qu’elle a vu le jour au XVIe siècle. En s’éloignant des contraintes de fabrication et des matériaux utilisés, la profession d’architecte est reléguée aujourd’hui à un rôle de dessinateur de plan, perdant la maîtrise d’œuvre d’un bâtiment. Ses clients publics tendent à perdre eux-mêmes la maîtrise d’ouvrage de leur projet, au profit de grandes entreprises du BTP (Bouyges, Vinci, Spi-Batignolles, Effaige) depuis notamment la mise en place des PPP (Partenariat public privé) en 2004. Et la profession entretient parfois elle-même ce « mur d’orgueil » [1] en renforçant la séparation entre la maîtrise d’œuvre d’un côté et le gros et second œuvre de l’autre.

La phrase que Jean Balladur (architecte de la Grande Motte) adresse à Paul Chaslin (GEEP-Industries) à l’occasion d’un colloque sur l’architecture en 1970 est révélatrice : « n’oubliez pas qu’ici, vous représentez la matière et nous l’esprit ». 10 ans plus tard, Fernand Pouillon  le souligne de manière explicite :« La normalisation » pour employer un langage contemporain, date de Colbert, de la création de l’Académie. L’architecte devient le plus souvent un professionnel qui se détache de la glaise, de la boue des chantiers. Il observe de haut, il n’invente plus de techniques, il juge. Au côté du client, il apparaît comme le garant de la morale mais se mêle de moins en moins de construire par lui-même. La responsabilité des prix, la productivité, les techniques nouvelles sont laissées à des praticiens entrepreneurs, autrement dit mercenaires du bâtiment opposés aux artistes. De ce moment commence la froideur, la décadence de l’architecture » [2]

Au moment où nos sociétés s’interrogent sur les limites d’une économie numérique tertiarisée, affranchie de toutes contraintes et de toutes responsabilités, où chacun éprouve le besoin de retrouver un autre rapport aux temps, le sujet de ce livre fait écho bien au-delà de la profession des architectes, auprès de tous ceux qui, comme à Minga, sont persuadés que l’addition d’artisanat est plus efficace à répondre à des besoins sociaux et à des enjeux écologiques que des mécanismes de concentration capitaliste (public ou privé) qui considèrent « qu’il y a d’un côté, ceux qui pensent le travail et ont le droit de s’interroger sur le pourquoi et de l’autre, ceux qui l’exécutent et seraient cantonnés à la question du comment. » [3]

« Architecte : du maître de l’œuvre au disagneur » de Bernard Marrey aux Editions du Linteau 20€ 169 pages

 

utopie3-61a2d

Dans le cadre de la campagne « Alimentons les régions » qu’a mené Minga,  les éditions du Linteau rééditent le livre « Utopie foncière » d’Edgard Pisani. Avec ses cinq années à la tête du Ministère de l’Agriculture de 1961 à 1966, ses deux années à celle du Ministère de l’Équipement en 1966 et 1967, l’auteur, plus que d’autres, a été confronté à la forteresse de la propriété foncière. Son livre est l’aboutissement d’une longue expérience et d’une non moins longue réflexion. Il y a trente-cinq ans, mais les propositions qu’il apporte – reprises dans les cent une propositions de François Mitterand et de l’Union de la Gauche en 1981 – ont achoppé l’année suivante sur les propriétaires et les secteurs agro-alimentaire et bancaire.

« J’ai longtemps cru que le problème foncier était de nature juridique, technique, économique et qu’une bonne dose d’ingéniosité suffirait à le résoudre. J’ai lentement découvert qu’il était le problème politique le plus significatif qui soit, parce que nos définitions et nos pratiques foncières fondent tout à la fois notre civilisation et notre système de pouvoir, façonnent nos comportements. »

« Entre l’avoir, l’être, le savoir, le faire, le paraître et le pouvoir, qui absorbent toutes nos énergies, l’avoir l’emporte aujourd’hui car il donne le pouvoir, permet le paraître, domine le faire et dispense d’être et de savoir. »

L’appropriation du sol réglée par le code Napoléon n’est pas universelle ni intangible : un nouveau rapport au sol, aussi bien rural qu’urbain, est possible. C’est donc à une révolution que l’auteur nous convie : celle d’une maîtrise collective du sol, plus économique, plus respectueuse des écosystèmes. Inscrite au programme de l’Union de la Gauche en 1981, elle reste toujours à faire.

Publié en 1977, ce livre n’a pas pris une ride.

 

Share on FacebookTweet about this on Twitter