« Marronnages », chocolat post-industriel élaboré en Côte d’Ivoire, adhère à Minga.

MG_5950Amonah Achi et son compagnon Thomas Siron, après différentes missions pour des ONG en Afrique et en Amérique Latine, ont décidé de s’engager dans une démarche entrepreneuriale pour produire et diffuser (notamment auprès des femmes) des connaissances en matière de transformation artisanale du cacao en chocolat. Un engagement qui se fait et se pense par une mise à l’épreuve pratique et manuelle dans ce qui est le premier des ateliers au monde : une cuisine ! L’objectif étant, par la diffusion de cette connaissance, de permettre à des planteurs de fèves de cacao en Côte d’Ivoire de valoriser leur travail au plus près des lieux de récolte.

Héritage de la colonisation, le cacao est « l’or brun » de la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial contribuant à 22 % du PIB du pays. L’évolution des cours mondiaux du prix du cacao pèse sur les conditions de vie de plus d’un tiers de sa population et rythme donc la vie politique du pays depuis sa décolonisation.

C’est suite à une mission de recherche en 2009 pour une ONG sur le travail des enfants en Côte d’Ivoire qu’a germé le projet. Amonah, franco-ivoirienne, fille d’une famille de planteurs de cacao en Côte d’Ivoire, dont les revenus permettaient jusqu’au milieu des années 80 de scolariser leurs enfants,  s’est interrogée sur l’évolution d’un cours du cacao si bas qu’il oblige les planteurs à employer des enfants, alors que le prix du chocolat s’est envolé.
Derrière cette histoire de prix, c’est le cœur d’une mondialisation qui se révèle, marquée par une division internationale du travail qui maintient les pays pauvres en fournisseurs de matières premières à bas prix.  Au delà de l’activité marchande, « Marronnages » est donc également une entreprise culturelle qui se confronte au poids de la culture coloniale( 1) encore bien présent dans les têtes. Le nom même de « Marronnages » qualifiant la fuite d’esclaves dans des lieux difficiles d’accès, en témoigne.

On peut certes améliorer les conditions marchandes d’achat de la matière première et se positionner sur le marché de niche du « commerce équitable », mais dans la filière, l’essentiel de la valeur ajoutée reste maîtrisé par les industriels situés au Nord. Le travail d’analyse des filières chocolat réalisé par « Saldac » et « Andines » le montre bien. Dès que l’on sort d’une logique artisanale, l’investissement en machines coûte très cher. Leur prix est moins justifié par leurs performances que par une situation de quasi monopole contrôlé par des multinationales (Nestlé, Kraft,…)

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broyeur fève de cacao

Amonah et Thomas se sont donc concentrés sur un travail de recherche pour transformer artisanalement le cacao en chocolat. Une fiche filière sur un cacao commercialisé par la coopérative Andines, produit en équateur par l’association UONCRE (Union de Organizaciones Negras Campesinas de la ribera del Rio Esmeraldas) regroupant 200 familles, a attiré leur attention. Dans le cadre de leurs séjours en Bolivie en 2004-2007 puis au Mexique en 2011-2013, Amonah et Thomas ont également découvert des modes de production artisanale de chocolat, du chocolat paysan rustique (100% cacao, fabriqué sans électricité, vendu dans une feuille de bananier) à l’entreprise solide alimentant un marché national, en passant par les femmes mexicaines qui fabriquent du chocolat dans leur cuisine pour l’autoconsommation.

En 2014, bénéficiant d’une subvention du défi jeune de 4600 €, l’association achète deux machines et crée l’entreprise « Yéré » en Côte d’Ivoire avec l’objectif d’acheter très vite le cacao au double du prix du marché (cela devrait être le cas à partir de juin prochain) et  de le transformer sur place en chocolat pour l’exporter vers la Drôme où il est aromatisé, tempéré, conditionné et commercialisé dans des boutiques de produits artisanaux et locaux autour de Die, et auprès d’Amap, groupements d’achats, etc. dans toute la France.

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four torrefacteur

L’objectif de Maronnages est de maintenir la dimension artisanale de l’activité en France, mais d’atteindre un volume suffisant pour rétribuer le travail et maîtriser le savoir-faire. L’autre objectif est de développer le marché en Côte d’Ivoire où paradoxalement, même si c’est le premier producteur mondial de cacao, la population ivoirienne consomme peu de chocolat et se prive de ses bienfaits «Une tasse de chocolat chaud contient deux fois plus d’antioxydants bénéfiques qu’un verre de vin rouge et quatre fois plus qu’une tasse de thé vert »

Sur bien des points « Marronnages » rejoint le positionnement de Minga. Il n’est donc pas étonnant qu’au moment de l’élaboration du projet, des contacts aient été noués avec Minga et certains de ses adhérents, comme « Avenue Colombie » et « Solalter ». A l’occasion de sa participation à Alimentons-nous 2016, où les chocolats ont été unanimement appréciés, « Marronnages » a décidé de nous rejoindre.

Disques-et-Ballotins-PhilippeAssociation Marronnages
26410 Glandage
Mail : yere@ouvaton.org
http://yere.ouvaton.org/

 

l’émission Carnets de campagne diffusée vendredi 12 février à 12h30 sur France Inter, animée par Philippe Bertrand.

Note :
(1) Culture coloniale, 1871-1931 la France conquise par son empire, Pascal Blanchard, Sandrine Lemaire, édition autrement (retour au texte1)

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