«Graines Del Païs», artisans semenciers dans l’Aude, adhère à Minga.

graines del pais et graines echoJean Luc Brault, après avoir vécu en banlieue parisienne, s’installe à Montpellier puis à Marseille où il passe un BTS « Analyse et conduite d’ exploitation agricole». Après une année passée à Bruxelles avec sa compagne, Jean Luc travaille trois ans à l’île de la Réunion pour une association de maraîchers en tant que technicien agricole. En 1998, il s’installe dans l’Aude près de Carcassonne pour produire des semences. Le métier d’artisans semenciers n’existant pas, il est inscrit par la chambre d’agriculture comme producteur de melon sous abris. Il exerce son activité agricole de production de semences sur une très petite surface de 4000m².

Son engagement en matière d’agriculture biologique est d’abord guidé par une nécessité économique et financière liée à la taille modeste de sa ferme. C’est donc par pragmatisme qu’il produit de la semence pour l’agriculture biologique. En 1999, iI adhère à l’association des producteurs biologiques de l’Aude (BIO CIVAM 11), puis il devient délégué régional de la Fédération régionale des agriculteurs biologiques (FRAB) du Languedoc Roussillon. Entre 2002 et 2005, ses mandats régionaux et nationaux lui permettent de nouer toute une série de contacts utiles par la suite, mais aussi de mesurer les limites des organismes de représentation de la bio;  leurs stratégies n’étant pas toujours très claires face à l’évolution industrielle de l’agriculture biologique et à l’enfermement dans le corporatisme agricole. Les intérêts propres à son métier d’artisans semenciers n’y sont pas, par exemple, pris en considération.

En 2003 il participe à la création du Réseau Semences Paysannes (R.S.P.), puis à celle de l’association des « croqueurs de carottes » en 2005. Les « croqueurs de carottes » sont membres du R.S.P. et participent à la sauvegarde des anciennes variétés potagères. Ils recensent des variétés menacées d’érosion génétique et en assurent l’évaluation et la maintenance, avec l’intention d’obtenir la possibilité d’inscrire ou de réinscrire au catalogue officiel les variétés populations en fonction de critères qui soient adaptés à leurs caractéristiques. Faute de quoi leur diffusion est interdite.

Confronté aux contraintes de la réglementation et à l’organisation économique des filières semences, Jean-Luc ressent vite le besoin de créer une entreprise pour maîtriser la commercialisation de sa production car il est impossible de :
– négocier les termes des contrats proposés par les semenciers  détenteurs de licence de production de variétés.
– valoriser les risques et les efforts assumés pour améliorer la qualité de la production de semences qui ne soient pas des hybrides F1 ou d’autres variétés dites « modernes », mais bien des « variétés populations ».

Avec Frédéric Rey et Michèle Jouniaux, agricultrice, aidés par Germinance, Jean-Luc crée alors la société « Graines Del Païs» en 2005 .

Travaillant avec une vingtaine d’agriculteurs, « Graines Del Païs » sélectionne, multiplie et commercialise des variétés populations, qui sont reproductibles par ses clients, jardiniers ou agriculteurs, et adaptées à une culture biologique. Mais ces qualités sont paradoxalement pas prises en compte par la filière biologique. Une grande partie des légumes et des semences proposées dans les magasins bio reste en effet aujourd’hui des hybrides F1, alors que :
– ces variétés rendent les maraîchers et les consommateurs dépendants des semenciers industriels et des acteurs de l’agro-industrie pour lesquels elles ont été créées (selon des critères de sélection qui répondent notamment aux nécessités de stockage, de transport, de conservation, de commercialisation…  de la grande distribution)
– tout indique que les valeurs nutritives et gustatives des aliments issus de ces semences sont moins bonnes et que cette perte de la « densité nutritionnelle » des aliments n’épargne pas l’agriculture bio quand celle-ci reproduit des schémas de production industrielle et utilise des semences hybrides F1 à cet effet.

Le cahier des charges de l’agriculture biologique n’oblige pas l’agriculteur à utiliser des variétés populations. Par ailleurs, le changement de pratiques culturales lié à l’usage des variétés populations, conjugué aux contraintes des statuts et des financements des activités agricoles, fait qu’une grande partie des maraîchers préfèrent rester dans la « norme » en utilisant de semences hybrides F1. L’évolution agro-industrielle de l’agriculture biologique renforce cette situation, malgré les nombreux avantages des variétés populations

Cette exigence de produire des semences paysannes et non des hybrides F1 rend la marge de manœuvre économique très étroite. Elle l’est d’autant plus que le travail nécessaire de sélection des variétés pour améliorer les valeurs gustatives et nutritives des aliments n’est pas amortissable sur le marché; l’un des principaux avantages des variétés populations est de permettre au client comme au concurrent de les reproduire par lui-même, s’il le souhaite.

La viabilité économique est délicate, enfin, parce que la législation actuelle rend illégale la commercialisation de la plupart de ces semences auprès des agriculteurs . Si tous les semenciers sont obligés de prendre leur carte au G.N.I.S. (Groupement National Interprofessionnel des Semenciers) , celui-ci ne représente en réalité qu’une petite partie de ses adhérents : les grosses firmes semencières.

Aujourd’hui, les termes de la réglementation en vigueur, le coût et les conditions d’inscription des semences aux catalogues officiels qui sont gérés par le G.N.I.S (ou des structures qui en dépendent), ne défendent pas l’intérêt général mais bien les intérêts particuliers de ceux qui spéculent sur la privatisation du vivant. En dépit de cette situation particulièrement défavorable «Graines Del Païs» défend le principe d’une réglementation fondée sur un catalogue de semences, parce que sans réglementation, aucune capacité de régulation démocratique ne pourrait être possible.

La biodiversité cultivée n’est pas seulement une affaire paysanne. L’enjeu engage à favoriser la reconnaisance et le développement d’un métier spécifique pour faire face à  l’industrialisation de l’agriculture et à la privatisation du vivant; et d’un métier qui appelle à mobiliser de nombreuses connaissances scientifiques et compétences dont certaines s’exercent en dehors du champ agricole.

Entre l’exigence de bien faire son métier et une législation inéquitable, au service de rentes qui privatisent le vivant, «Graines del Païs» assume ses responsabilités en dépit des risques qu’elle encourt. Comme «Jardin’envie», un membre historique de Minga, «Graine Del Païs» défend la reconnaissance du métier d’artisans semenciers. En tant qu’organisation professionnelle et politique, Minga ne peut que partager, soutenir et accompagner cette ambition d’intérêt général quant à faire reconnaître leur métier.

Article en PDF «Graines Del Païs», artisans semenciers dans l’Aude, adhère à Minga.

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Graines del Païs
http://www.grainesdelpais.com/
16 rue de la pompe
11240 Bellegarde du Razès
tel : 04 68 69 81 79
contact@grainesdelpais.com

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